1- Pouvez vous me parler de votre parcours ?
Ça va faire douze ans que j’expose. Ma toute première exposition était à la Fnac du Forum des Halles, et de là est parti toute une série d’expositions, ça c’est enchaîné avec les galeries dans un premier temps en France puis ensuite à l’étranger.
J’ai suivit des cours dans une école de décoration, d’illustration et graphisme à la fois. La première année on suivait les 2 formations « décoration et illustration » et les deux années suivantes on se spécialisait soit dans l’une soit dans l’autre.
Par la suite durant mes premiers pas dans la vie active cela m’a très vite déplu, parce que l’illustration se cantonne en majeure partie à un seul domaine celui du monde des médias, au début j’ai travailler pour des magazines, Management, Familie, Parents magazine… etc, mais cela ne m’intéressait pas car les images au final suite aux nombreuses modifications que la rédaction nous impose ne ressemble plus du tout à notre idée de départ, il y a un tas de symbole à ajouter sans compter des choses que l’on ne peut pas montrer sans parler des couleurs, bref ce fut pour moi à chaque fois des expériences compliquées.
C’est cette raison qui m’a amené à proposer mon travail comme je le ressentais et donc à travers des expositions. J’ai proposé mon travail à la Fnac du Forum des Halles qui m’a invité à exposer pour la première fois en Décembre 2000 et cette aventure c’est renouveler durant plus de 10 ans.

2- Et avant quelle a été votre cursus scolaire?
J’ai étudié jusqu’en seconde. En fait lors de ma dernière année au collège, en 3ème j’avais entendu parler d’un professeur de Français qui me faisait pensé au héros du film « Le cercle des poètes disparus », c’était une prof incroyable, que mes amis, plus âgés avaient eu et que je voulais absolument avoir. Et manque de peau lors de mon premier jour je constate avec stupeur qu’elle ne figure pas dans la liste de mes professeurs! Une fois sortis de classe je me dirige tout droit dans le bureau du directeur de l’établissement et lui explique que si je viens en seconde c’est uniquement pour cette prof, je fais donc des pieds et des mains pour l’avoir en le menaçant de quitter l’école.
J’ai obtenue gain de cause mais sans savoir que j’allais en payer le prix fort. En effet elle a appris mon désir de suivre ses cours et à donc usé et abusé de cette « glorification » je fus sa tête de turc.
Cela n’a pas duré longtemps car au bout de trois mois elle a due partir en arrêt maladie et cela jusqu’à la fin de l’année. J’ai donc quitté le lycée et me suis inscrit au cours du soir dans l’école durant laquelle j’allais passer les 3 années suivante (L’ IPMD). En cette fin d’année, parallèlement au cours du soir j’ai travaillé au Mac Donald pour financer ces études. La plupart des écoles d’Art sont privés et donc relativement chères. J’ai due continuer ce job durant les 3 années suivantes.

3- Comment se sont déroulées vos premières expositions?
La toute première fut à la Fnac. J’avais très peur Je m’en souviens bien. La semaine juste avant l’accrochage j’hésitais encore à mettre des têtes à mes personnages, c’était la première fois que j’allais présenter mes œuvres et donc ma vision artistique au public et j’avais très peur que l’on me prenne pour un fou! Une fois au mur je me glissais au milieu des spectateurs et faisait semblant de regarder les peintures alors que j’écoutais les réactions du public… je l’avoue je fais encore cela aujourd’hui à chaque exposition.
Cette première expérience a été un succès, j’ai eu un tas de commentaires de gens qui ont trouvé ça très original, cela m’a vraiment soulagé.

4- Quel a été pour vous le déclic qui vous a fait choisir ce métier?
Le premier métier qui fait rêver les petits garçons quand ils sont petit c’est généralement d’être pompier prof ou cuisinier moi c’est le second qui me faisait rêver. C’était sure plus tard je serais cuisinier! Je me souviens que je passais des heures et des heures à jouer à la dinette ou être aux milieux des fourneaux de ma mère et de mes deux grand-mères. Ensuite j’ai voulu être photographe. Cette passion m’est restée durant longtemps, d’ailleurs aujourd’hui je fais toujours de la photo. Au fil du temps la photo c’est transformé en dessin ce qui reste étroitement lié.
Je fais parti d’une famille d’artistes, ma grand mère peint, mon grand père peignait et sculptait, mon oncle était styliste et aujourd’hui photographe. Je me suis imprégné, gorgé de cet esprit de créativité familiale. Je pense que tout le monde à une fibre artistique qu’il suffit de faire épanouir.

5- Est-ce qu’ils vous ont aidé, poussé dans cette direction?
Oui ils m’ont beaucoup aidé en m’encourageant. Mes parents eux avaient leurs problèmes et le climat à la maison ne se prêtait guère à ce sujet de conversation. D’être auprès de mon oncle et mes grands parents du coup était un échappatoire. Et puis quand on est parent tous les métiers artistiques peuvent faire peur. Je n’ai pas le souvenir qu’ils m’aient vraiment encouragé, mais en tout cas ils ne m’ont pas empêché de faire ma formation.

6- Mais est-ce que vos grands parents vous ‘ont juste donné le goût ou vous ont ils apporté de la technique aussi ?
Non le goût uniquement. C’est moi seul qui expérimentais des techniques de créations diverses et variées et plus tard c’est moi seul qui ait fait les démarches pour trouver mon école.

7- Justement ou avez vous trouvé votre style? Quelles sont vos références artistiques?
Mes premières références artistiques se trouvaient dans les magazines, je dévorais tous magazines qui pouvait être prêt de moi. Je m’inspire encore aujourd’hui de photographies plus que de peintures.
Pour la peintures il y a Lucian Freud, Francis Bacon, Valerio Adami, Jean Rustin entres autres… en photographie il y en a énormément pour en citer quelques un il y a Jill Greenberg, David Lachapelle, Les Krims, Antony Crossfield, Robert Doisneau Garry Trinh, Erwin Olaf, Alexey Titarenko… J’aime aussi beaucoup de sculpteur comme Jeff Koons, Erwin Wurm, Giacometti, Ron Mueck ou encore Bottero.
Il y à aussi le cinéma qui m’inspire beaucoup.

8- En cinématographie ?! Plutôt Italiens, plutôt Américains, Français… ?
Je ne suis pas fan du cinéma Français en fait, à une époque étant ado j’ai été inscrit à la cinémathèque française et j’ai dû voir une tonne de films dont énormément de Français et j’ai eu une espèce d’overdose de film Français lent ou il ne se passe pas grand-chose, ce n’est pas un cinéma qui m’attire beaucoup et même encore aujourd’hui je vais très peu voir de film Français mais je reconnais qu’il y à quelques chefs d’œuvre. Par contre il y a d’excellentes choses qui se font en Belgique, en Espagne, en Italie ou aux Etats. J’aime l’humour du cinéma anglais bien sûr.

9- Est-ce vrai, quand on dit que ceux qui se tournent vers la photographie sont ceux qui n’ont pas réussi dans le dessin?
A bon on dit ça?
Je l’apprends peut être parce que c’est plus facile d’appuyer sur un bouton que de tenir un pinceau. Je ne sais pas?!… En ce qui me concerne se sont vraiment deux passions j’ai toujours un appareil photo sur moi dans le moindre de mes déplacements, par exemple si je dois sortir 10 minutes pour acheter du pain, je ne sors pas sans mon appareil photo de peur de louper quelques chose… C’est souvent payant.
Un de mes plus gros cadeaux, je n’avais alors que 13 ou 14 ans ça a été un appareil photo mes parents savaient que j’adorais ça.

10- Pensez vous que l’on peut exprimer la même chose en dessin et en photo? Par exemple les peintres de la Renaissance étaient ils selon vous en quelques sortes des photographes?
Excellente question! Bien sûr à cette époque il n’y avait pas de photographe et donc forcement beaucoup plus de peintres. D’ailleurs les peintres réalistes me fascinent, Ingre, David, Raphael… Les émotions ne sont pas les même face aux deux médias bien que certains choses soient similaire comme le cadrage, le sujet, le discours, les couleurs… Je pense que l’on peut avoir autant d’émotions au travers une photo et une peinture.

11- Cela vous arrive t il d’avoir des commandes?
J’ai pour le moment peu de commandes de particuliers à mon actifs, j’en ai fait une dizaine ce n’est pas énorme. Pour moi c’est très dur de travailler sur commande car cela revient à peindre un tableau qui est déjà vendu en quelques sortes et cela me donne une pression supplémentaire qui me paralyse. C’est plus facile de répondre à un thème lié à une exposition comme pour ma participation prochainement à une exposition de groupe organisé par l’atelier Z, la galerie Christiane Peugeot. Je vais exposer 3 toiles sur le thème des animaux du coup c’est assez large, j’ai un peu plus de liberté.

12- Mais est-ce que vous avez des collectionneurs? Des fans?
Oui j’ai des collectionneurs réguliers et aussi des fans même si le mot est un peu fort, ce sont justement des fans qui deviennent acheteurs par la suite. Je me souviens d’une petite anecdote, une jeune-femme m’a confié avoir commandé pour Noël un tableau c’était son rêve et cela faisait des années qu’elle en parlait à ses parents, ça m’a beaucoup touché. Sinon à chaque fois que je dois me rendre chez un de mes collectionneurs ça me gène un peu car j’ai l’impression de me retrouver dans un musée « Spécial Baldocchi » (rire)

13- Vous avez exposé en Espagne, à Londres, à Rome, en Belgique, bientôt Seattle et même à Taïwan, on peut dire que vous êtes un artiste international ?
Oui enfin n’exagérons rien, il me reste encore beaucoup de chemin à faire… Ici, en France, les gens sont un peu plus frileux qu’à l’étranger. Je ne saurais l’expliquer, peut être que les Français osent moins, car une chose qui est certains c’est qu’en Espagne, en Italie, en Belgique et surtout à Londres les gens sont un peu plus ouverts.

14- Donc la France reste quand même un pays très traditionnelle?

La France a une grande richesse de l’histoire de l’art et je suis très fier d’être Français. Pourtant je reviens actuellement de Londres et j’ai l’impression qu’ils sont moins « coincés » que chez nous, attention c’est un avis personnel. Pour avoir travaillé avec d’autres pays étrangers comme l’Espagne, l’Italie, la Belgique et en ce moment avec les états Unis je trouve que c’est plus simple, moins tendu, plus « accessible »… mais bon c’est peut être un pur hasard. Vous savez cette année encore Paris et même plus largement la France est une fois de plus la destination la plus visité au monde! C’est dingue cela peut nous étonner nous Français qui rêvons d’autres pays comme l’Amérique….

15- Parlez moi de vos admirateurs et de vos critiques.
« Admirateur »!… c’est un bien grand mot! Il y a des personnes qui suivent régulièrement qui consultent régulièrement mes actualités ou qui m’envoient des mails d’encouragements ça fait plaisir de savoir qu’on suit ce que je fait, c’est ça aussi qui porte, parce que c’est pas tous les jours facile on est souvent seul, seul devant la toile, seul à démarcher, seul à se motiver, seul à régler faces aux difficultés, bref on est trop souvent seul et c’est pas évident, c’est vraiment un métier qui n’est pas facile, on se demande un jour sur deux si l’on va continuer ou tout laisser tomber, donc heureusement qu’il y a ces « fans »

16- Et les critiques?
Il y a deux sortes de critiques. Jusqu’à maintenant j’ai eu beaucoup de critiques positives mais j’en ai aussi reçu quelques unes de négatives, ce sont elle qui sont importantes. Bien sûres quand ce n’est pas gratuit et sans fondements ou venant de personnes qui tout simplement n’aiment pas mon travail car c’est bien leurs droits. Je parles de critiques négatives venant de gens qui ont pris le temps de relever des lacunes ou des choix qui ne leurs semblent pas convenables. Elles font extrêmement mal mais elles sont trés constructives.
Je me souviens bien de ma première critique négative, c’est une personne qui me disait que mon travail manquait cruellement de technique, à l’époque ça m’a blessé et puis avec le temps ces mots ont continuellement résonnes dans un coin de ma tête et j’y pense à chaque fois que je commence une nouvelle toile.

17- À votre avis votre travail est il dans l’esprit de l’air du temps? S’inscrit-il dans la tendance?
Je pense que mon travail est contemporain, je peux dire qu’il est dans l’air du temps. Par contre en ce qui concerne la tendance il faudrait la définir avec exactitude car le propre d’une tendance c’est de changer régulièrement.

18- Qu’en est-il de tes relations envers les autres artistes, par exemple quand vous faites une exposition.
Je ne suis pas quelqu’un de très sociable à la base, je ne suis pas naturellement tourné vers les autres, je suis très renfermé sur moi même. J’ai un peu de mal à aller vers les autres artistes durant les expositions collectives. J’évite les contacts, je sais que ce n’est pas bien . En faite étant extrêmement sensible et humain, je m’attache trop et très vite aux gens et je souffre beaucoup donc de la non réciprocité et de l’égoïsme des gens. Je reste donc seul, je suis moins déçu, car je vis trop mal les déceptions.

19- Cela vous arrive t il de retrouver les mêmes artistes au cours d’expositions collectives?
Oui je croise certains artistes même si je ne les croise pas de vue je vois leur nom ou leurs œuvres, D’ailleurs y a deux jours je suis allé voir un artiste qui m’a acheté un tableau et au cours de la conversation nous nous sommes rendu compte que nous avions fait deux ou trois expositions en commun sans le savoir.

20- J’aimerais que l’on parle de votre atelier, il fait partis de votre logement ou se trouve t il ailleurs?
Lorsque j’habitais chez mes parents ma chambre était forcement par défaut mon atelier, par la suite je suis parti à l’âge de 20 ans de ce cocon pour emménagé avec mon copain et dans cette maison il y avait une pièce qui m’était dédiée cet atelier était coupé de la maison. L’avantage est que c’était fermé et que je pouvais m’isoler pour travailler librement sans gêner mon compagnon, mais je passais plus de temps dans cette pièce que dans le reste de la maison c’est donc pas du tout évident lorsqu’on vit avec quelqu’un.
Quand nous nous sommes quitté j’ai laissé cette maison pour un appartement plus petit mon atelier et mon appartement du coup ne font plus qu’un maintenant et je fais ce que je veux, il y a de la peinture partout, des croquis et des images collées sur tout les murs, je baigne dans cette ambiance toute la journée, c’est le bonheur…

21- Quand vous êtes dans la rue ou à l’extérieur de chez vous et que tout d’un coup une idée vous vient, que faites-vous ? Vous dessinez?
Non pas du tout. Si j’ai une idée je me la rumine toute la journée et les jours qui suivent afin de trouver la meilleure façon de la coucher sur le papier.
Par contre lorsque je découvre un lieu qui m’intéresse pour une future image il m’arrive, en effet de la dessiner les jours qui suivent. Mais le plus souvent quand quelque chose m’intéresse, je prends une photo, je fonctionne beaucoup avec les photos, on revient encore à la photographie, mais c’est un excellent moyen de garder ces idées de coté.

22- Arrivez-vous à vivre de votre art?
Non pour le moment je n’en vis pas entièrement, c’est pour cela que je fais du graphisme en parallèle.
Tout dépend des expos, il y a des périodes ou je vends plus que d’autres, ce n’est pas comme quand on a un emploi fixe, tous les mois on a sa paie à date fixe. C’est ça aussi la difficulté des métiers artistiques.
En ce moment je prépare de nouvelles œuvres car au mois de Mai j’ai trois expositions en même temps.

23- Vous participez à la pré- biennale de Venise je crois?
Oui je vais partir à Venise, j’ai aussi une galerie à Bruxelles et la galerie l’Atelier Z à Paris

24- En ce qui concerne votre budget quelle importance accordez-vous pour l’achat de vos matériaux ?
Comme je l’ai expliqué mon art est prioritaire dans ma vie donc je ne regarde pas à la dépense et tant pis s’il ne me reste que 30 euros sur le compte si j’ai besoin de fourniture, je vais plutôt acheter de la peinture que de la nourriture.
Cela m’est arrivé pas plus tard que le mois dernier, je n’avais vraiment plus rien sur le compte et j’avais besoin d’acheter du vernis et de l’acrylique, j’ai donc due emprunter 50 euros.
Il y à 6 mois à peu prés je n’avais plus rien à manger et c’est un ami qui m’a fait la surprise de m’apporter à manger, il est allé faire des courses spécialement pour moi, c’est super gentil, je ne l’oublierai jamais.
Je veux pas que l’argent me freine dans ma vie artistique donc à choisir je préfère ne rien manger et continuer à travailler, bien sure dans la mesure du possible.

25- Mais le fait d’avoir la faim au ventre vous gardez quand même l’inspiration? Le fait de souffrir quelque part ?
Oui l’artiste qui souffre pour créer n’est pas un mythe, ma vie est une souffrance continuelle et c’est une force qui nourrit mon travail. C’est un peu comme le manque d’argent, je pense que c’est aussi un moteur qui pousse à aller de l’avant.
Deux choses, entres autres, font que cette souffrance est toujours présente : l’acceptation de moi-même et celle de mon corps qui est un poids trop lourd à porter. Cela se retranscrit dans mes peintures et si je n’avais pas ce mal être, je ne peindrai surement pas de la même façon. Est-ce qu’inconsciemment je cultive ce mal être? Ce que je sais c’est que j’ai toujours en moi ce sentiment de ne pas être bien dans mon corps, j’ai continuellement cette boule au ventre.

26- Vous ne vous tournez pas vers vos parents ou votre famille quand vous avez vraiment besoin d’argent?
Non. Mes parents sont divorcés, mon père a de très gros problèmes financiers et ma mère a une petite retraite, je me vois pas du tout leur demander de l’argent. Je ne suis pas très famille, je préfère me débrouiller de moi même et donc je mets tout en œuvre pour me débrouiller seul, et de cette façon je trouve toujours une solution, pourvu que ça dure !

27- Pouvez vous m’expliquer comment se passe une vente dans une galerie ou perso?
Pour une vente avec un particulier c’est vraiment très, très simple, la personne me contacte, et nous nous donnons rendez vous soit à l’atelier soit chez elle.. Il y a quelques temps au cours d’une exposition un monsieur me donne rendez vous sur le lieu et me dit qu’il a besoin de 2 peintures tout de suite, c’était un diptyque, il fallait que je lui décroche et les lui donne tout de suite car c’était pour un cadeau. J’ai obtenue de ne lui remettre que le lendemain.
Ce genre d’histoire est assez rare mais cela peut arriver en effet. En ce qui concerne les ventes dans les galeries, c’est plus formel, car bien souvent il n’y a pas ce contact humain entre l’artiste et l’acheteur, bien souvent même nous n’avons pas le nom des clients, c’est un peu frustrant. On nous dit à la fin de l’expo voilà j’ai vendu tel tableau, on a un bordereau avec le montant et les 50% qu’ils gardent et voilà merci et au revoir. … oui bon je résume et grossit un peu la chose mais je ne suis pas loin de la vérité.

28- Avez-vous un agent?
J’ai un agent qui s’occupe uniquement de mon travail pour le marcher Anglais.

29- Comment cela se passe lorsque l’on a un agent? Il y a un contrat entre vous deux?
Oui un contrat a été fait. D’ailleurs cela a été plus compliqué du fait que se soit avec un pays étranger parce que les termes juridiques sont en anglais donc j’ai dû faire appel à une juriste spécialisée dans le droit international pour les artistes .
Et heureusement car son contrat était fait de tel façon qu’elle voulait une exclusivité pas seulement sur mon travail mais aussi sur mon nom ! C’est-à-dire que je ne pouvais absolument rien faire sans son accord J’ai donc j’ai dis non et du coup j’ai réussi à trouver un accord elle ne travaille pour le moment qu’avec trois tableaux. Elle va bientôt organiser des expositions. C’est tout récent y a à peine trois mois.

30- Pensez vous que les gens ou les collectionneurs qui achètent tes tableaux, le font pour faire un investissement, c’est à dire espérer votre renommée future et donc vous revendre plus chère par la suite ? Ou pensez vous qu’ils font ses achats par plaisir personnel parce qu’il aime réellement votre peinture?
Je ne saurais dire, car je ne sais pas ce que les gens ont derrière la tête en achetant. Je pense que tout le monde a le fantasme de faire un bon investissement et de revendre plus qu’ils ne l’ont eu. J’ai eu affaire avec un marchand d’art qui achetait mes tableaux pour les revendre plus cher à des collectionneurs mais c’était un accord dés le départ.

31- Sentez vous des tensions, des pressions au niveau du marcher de l’art?
Je trouve qu’en France c’est tendu c’est-à-dire que c’est un peu coincé, dans le sens où ils ne sont pas très ouverts, moins expressif. Par exemple je me souviens qu’en Espagne la galeriste était émerveillée, elle me faisait pleins de compliments, on a passé des heures à parler de mon art. Elle s’intéressait vraiment à mon travail. En France on a tendance à avoir peur des gens qui réussissent c’est à dire qu’on a tendance à les enfoncer plutôt qu’à les encourager comme si l’on était jaloux. Attention c’est ce que je ressens avec ma propre expérience, je ne dit pas que c’est une généralité.

32- C’est ce qui vous a donné envie de vous expatrier en Espagne?
En effet il y a 5 ans j’avais le projet de quitter la France pour aller vivre en Espagne pour mon travail en premier, pour le soleil et surtout pour le mode de vie et le projet est tombé à l’eau car j’ai rencontré un garçon et cela fait cinq ans ça dure…

33- Pourquoi ne pas réaliser ce projet à deux?
Et bien lui ne veut pas partir en Espagne, quant à moi c’est clair que la France je n’en peux plus, quand tu as goutté à d’autres pays c’est dure de faire avec la mentalité Française, surtout en ce moment, j’ai une saturation peut être parce qu’on est encore en pleins hiver. Bon bien sure au niveau sociale et droit on n’a pas trop à se plaindre, la France n’est pas si mal mais tout de même, dès que la vie m’en donne l’opportunité je quitte ce pays c’est certain !

34- Pourtant j’ai lu des articles qui disent que le renouveau de l’art contemporain se situe à Paris. Ressentez vous cela?
Ah bon?… c’est incroyable !… Non je ne côtois pas assez de galeries, je ne suis pas non plus au cœur du marché de l’art, je n’ai donc pas ce ressenti. Par contre j’ai vu ce qui se faisait dans d’autres pays, j’y ai vu l’ouverture d’esprit des gens et se que les artistes font et osent. Peut être que le problème, en France, ne vient pas des artistes mais du public qui n’est pas très adhérent.

35- Justement en parlant de public, quel est le profil des gens qui se déplacent à vos expositions?
C’est très varié, il y a les collectionneurs, les habitués, les « fans » qui ne loupent rien de mes actualités et il y a des gens de passage, c’est très large comme public et de tout âge, de tous milieux sociaux c’est vraiment très cosmopolite, il n’y a pas vraiment de profils types.

36- Est-ce que le public est le même qu’avant la crise?
Je pense que oui. Je n’aime pas parler de « crise », cela m’énerve. Je préfère dire que le pays traverse une période morose, je pense que cette période va s’estomper petit à petit. C’est comme dans la vie c’est pas en se disant tous les jours que l’on a des problèmes que l’on va s’en sortir.
Ce qui fait du tord à tout le monde c’est internet, car les gens sont dans leur petit monde et ne sortent plus de chez eux ils se connectent à leur ordinateur et n’ont plus envie de découvrir les choses d’eux même dans la « vraie vie ». Et l’arrivé des réseaux sociaux n’a rien arrangé, les gens s’enferment encore plus dans leur coquille. J’en suis moi-même une victime.

37- Puisque vous parlez d’internet, est-ce que c’est un bon outil pour un artiste? Es ce que vous l’utilisez beaucoup?
Ah oui c’est un moyen énorme que j’utilise beaucoup. C’est pratique pour informer les gens qui suivent mon actualité. C’est un très bon outil à condition qu’il ne soit pas exclusif.

38- Est-ce qu’il y a spontanément des gens qui vous envoient des mails? Je crois que vous avez un blog?
Oui j’ai un blog, et beaucoup de gens que je ne connais pas me laissent des messages car ils sont tombés sur mon site ou mon blog, ils ont aimé et souhaitent me le faire savoir, oui cela m’arrive beaucoup.

39- Ce sont ces gens qui deviennent des acheteurs?
Oui bien souvent c’est ce qui arrive, je garde les mails et j’envoie mes actualités régulièrement et donc d’années en années les gens sont fidèles et souhaitent un jour acheter.

40- Pensez vous que le fait d’être un artiste c’est vivre dans un monde à part?
Non c’est un peu extrême comme expression. Être un artiste c’est comme toute autre profession libérales c’est très compliqué. Le plus dure ce n’est pas de devenir artiste mais d’y rester. Par exemple les trois quart des gens de mon école ou des divers cours que j’ai fait ont complètement abandonnés ce métier car c’est vraiment dur psychologiquement et financièrement. On se remet tout le temps en question, il faut donc être motivé pour continuer à vouloir pratiquer cette profession, je compare cela à une île déserte, on est seul et il faut survivre, donc oui au final c’est en quelques sortes un monde à part.

41- Qu’est-ce qui vous fait tenir?
Ma foie intérieur car j’y crois, je suis convaincu que ça marchera.
Même si c’est après ma mort, ça marchera, donc j’ai encore un peu de marge, enfin j’espère… (rire)
Je ne suis pas artiste pour gagner de l’argent, ce n’est pas un leitmotiv, c’est pour cela que je travaille à côté pour pouvoir subvenir à mes besoins quotidiens. Je fais de la peinture car cela me plaît et je me dis que si cela me plaît ça plaira surement à d’autres…

42- Avez-vous des projets pour l’avenir?
Continuer d’exposer un maximum et dans le plus de pays possible, car l’important c’est de se faire connaître, plus que de vendre. Mon rêve est d’exposer à New York ou même encore plus loin…

43- Et à plus long terme?
Que mon art soit reconnu c’est tout ce que je demande, je ne veux pas être couvert par la gloire je ne souhaite pas être couvert de diamants je veux juste que mon art soit reconnu.
Je ne souhaite même pas être reconnu dans la rue, la preuve c’est que ma tête n’est visible nulle part.
Je dirais même plus : J’ai envie que l’on reconnaisse mon trait de dessin, pas forcément mes couleurs ou ma technique mais ma façon de dessiner, ma façon de voir les choses en fait.

44- Mais tout à l’heure vous disiez : «même après ma mort »?!
Oui, reconnu un jour, avant ou après ma mort. Je pense que le fait d’être artiste c’est aussi marquer d’une pierre notre passage sur terre.

45- Donc c’est peindre jusqu’au dernier moment?
Comme Matisse dans son lit complètement handicapé avec son pinceau ?!… oui pourquoi pas. Mais en tout cas je pense qu’il n’y a pas de retraite dans ce genre de métiers. Mais bon je cotise quand même à la caisse de retraite… (rire)

46- Et si jamais votre art ne plait à personne?
À un moment donné, si la sauce ne prend pas, il faut savoir s’arrêter et se poser des questions sur son travail. Soit il faut changer de direction artistique soit arrêter complètement pour devenir prof ou je ne sais pas… se reconvertir dans la photographie ?… Ou peindre pour vendre dans les brocantes et les vides greniers (rires) …non je plaisante. Si à un moment je sens que cela ne marche vraiment pas je me poserai, alors, la question et me tournerai, je pense, vers la photographie ou passerais plus de temps à faire du graphisme… mais bon pourquoi penser à la défaite ? Ce n’est pas mon état d’esprit

47- Votre travail de peintre vous prend combien de temps dans la semaine, à peu près?
Même si je ne travaille pas physiquement sur mes peintures, j’y pense 24h/24h. Quand je me couche avant de fermer les yeux, même si je suis très fatigué je fait une sorte de rapide et court bilan de ce que j’ai fait dans la journée, et surtout ce que j’ai à faire le lendemain et dans la majorité des cas ces mini projets sont de natures artistiques.
J’y pense tout le temps même quand je suis en vacances, je dirais même surtout quand je suis en vacances car c’est dans ces moments là que j’ai dix fois plus envie de travailler.
Malheureusement j’ai beaucoup d’administration, de mise en place sur internet et de dossiers de candidatures et cela me prend beaucoup e temps, sans parler de mon travail de graphiste. C’est pour cela que je me suis infligé des règles strictes : Je dors peu à raison de quatre ou cinq heures par nuit, j’ai peu d’amis…. très peu d’amis, je ne sors pratiquement pas sauf pour aller au cinéma ou des expos. Je partage quand même ma vie avec un garçon mais ce n’est pas évident, je me fixe des moments pour être entièrement avec lui car c’est important, je sais combien sa présence m’est vitale.
Je ne peux pas me permettre à l’heure actuelle de ne pas travailler, je dois me donner à cent pour cent dans mon travail. J’ai entendu, un jour, une phrase : « Le succès c’est 1% d’inspiration et 99% de travail. » Beaucoup de gens ne sont pas d’accord avec cette phrase, ils vous diront qu’il faut aussi des contacts, qu’il faut aussi connaître les bonnes personnes, bien sure c’est évident mais je me dis que le travail paie toujours, donc il faut travailler, travailler et travailler ya pas d’autres secrets, enfin c’est ma façon de voir les choses.

48- Et par exemple, concrètement, un tableau comme la « Grand Bouffe » combien de temps avez-vous passé dessus à peu près?
La grande bouffe m’a demandé beaucoup de travail.
D’une manière générale tout commence par une idée et ensuite je plante le décor. Par exemple le tableau la grande bouffe c’était une cuisine, il me fallait savoir quelle cuisine? Une cuisine ultra moderne, plus minimaliste. ? Et quelles couleurs ? Combien de personnages. Une fois que j’ai déterminé ce que je souhaitais réellement, en l’occurrence une femme qui va faire des boites de conserves avec une machine dans sa cuisine. Le vais donc me plonger dans mes croquis à la recherche de personnage pouvant jouer ce rôle, j’organise en quelques sortes un casting. J’ai à peu près 5000 pages de croquis. Je sélectionne une trentaine de personnes. Une fois ma sélection faite j’assemble le tout, personnage, cuisine et machine à conserve. Viens ensuite le moment de recherche de matières et de couleurs. L’exécution en elle même dépend beaucoup de ce que je fais à coté, de l’administration à faire si j’ai d’autres boulots à côté. Cela peut varier entre une et deux semaines. Mais il y a des tableaux sur lesquelles je bloque, soit au stade des croquis, de la couleur ou de l’exécution, cela peut prendre jusqu’à trois semaines ou même un mois. Certain tableaux restent en attente des mois comme cela a été le cas pour « Je ne pense qu’à toi » il a dû rester trois mois à trainer dans l’atelier.

49- Merci pour toutes ses réponses et avant de finir, il y a une autre question que je voulais vous poser, Jérémie, quel âge avez vous?
(rire) 35 ans.

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